L’espèce humaine

« L’Espèce humaine est un monument.
Un de ces livres dont la lecture peut changer une vie. Il a changé la mienne.
Miracle de la littérature. Miracle de la conscience dans le temps.
Aujourd’hui, j’aimerais faire entendre cette parole vivante, en lui donnant corps, le plus simplement du monde. » A.C.

 

Robert Antelme entre dans la Résistance en 1943, à l’âge de 23 ans. Arrêté par la Gestapo et déporté en 1944, il est libéré le 29 avril 1945, à la limite de l’épuisement. De retour en France, il cherche aussitôt à tirer de sa détention dans les camps de concentration un récit qui, au-delà d’un témoignage, constituera une réflexion sur la nature profonde de l’humanité ; tel est le propos de son unique livre, l’Espèce humaine, publié en 1947.


Extrait

« Tout se passe dans le monde comme s’il y avait des espèces – ou plus exactement comme si l’appartenance à l’espèce n’était pas sûre, comme si l’on pouvait y entrer et en sortir, ni être qu’à demi ou y parvenir pleinement, ou n’y jamais parvenir même au prix de générations –, la division en races ou en classes étant le canon de l’espèce et entretenant l’axiome toujours prêt, la ligne ultime de défense : « Ce ne sont pas des gens comme nous. » (…)

Et si nous pensons alors cette chose qui, d’ici, est certainement la chose la plus considérable que l’on puisse penser : «les SS ne sont que des hommes comme nous» ; si, entre les SS et nous – c’est à dire dans le moment le plus fort de distance entre les êtres, dans le moment où la limite de l’asservissement des uns et la limite de la puissance des autres semblent devoir se figer dans un rapport surnaturel – nous ne pouvons apercevoir aucune différence substantielle en face de la nature, et en face de la mort, nous sommes obligés de dire qu’il n’y a qu’une espèce humaine. »


Extrait

« Quand Gaston rentrait au block, souvent il avait à peine la force de boire sa soupe et aussitôt il allait s’étendre sur la paillasse et ses yeux se fermaient. Pourtant, la bête de somme qu’ils en avaient fait, ils n’avaient pas pu l’empêcher de penser en piochant dans la colline, ni de parler lourdement avec des mots qui restaient longtemps dans les oreilles.

Il n’était pas seul dans le tunnel; il y en avait d’autres qui piochaient à côté de lui et qui charriaient la terre et qui, comme lui, le matin, avaient quand même un peu plus de force que le soir. Le contremaître civil pouvait promener dans le tunnel sa capote de futur Volksturm et sa petite moustache noire et gueuler et pousser le travail, il ne pouvait pas empêcher les mots de passer d’un homme à l’autre.

Peu de mots, d’ailleurs; ce n’était pas une conversation que ces hommes tenaient, parce que c’était trop fatiguant de tenir une véritable conversation. Il fallait faire tenir ce qu’on avait à dire en peu de mots.

Gaston devait dire ceci : – Dimanche, il faudra faire quelque chose, on ne peut pas rester comme ça. Il faut sortir de la faim. Il faut parler aux types. Il y en a qui dégringolent, qui s’abandonnent, ils se laissent crever. Il y en a même qui ont oublié pour quoi ils sont là. Il faut parler.

Ça se passait dans le tunnel, et ça se disait de bête de somme à bête de somme. Ainsi, un langage se tramait, qui n’était plus celui de l’injure ou de l’éructation du ventre, qui n’était pas non plus les aboiements des chiens autour du baquet de rab. Celui-là creusait une distance entre l’homme et la terre boueuse et jaune, le faisait distinct, non plus enfoui en elle mais maître d’elle, maître aussi de s’arracher à la poche vide du ventre. Au cœur de la mine, dans le corps courbé, dans la tête défigurée, le monde s’ouvrait. »

 

L’Espèce humaine
d’après Robert Antelme
éditions Gallimard

Mise en scène et interprétation
Anne Coutureau

Scénographie
Patrice Lecadre

Production Théâtre vivant

La production de L’Espèce humaine d’après Robert Antelme est en cours.
Nous sommes à la recherche de partenaires : structures d’accueil, co-producteurs, institutions, médias, associations, écoles, musées, etc.
Si vous souhaitez participer, d’une manière ou d’une autre, nous vous invitons à prendre contact avec nous.
→ contacts

Si vous souhaitez participer financièrement à la création de L’Espèce humaine, vous pouvez faire un don à la compagnie. Ce don sera défiscalisé à hauteur de 60%.
La réforme du prélèvement à la source ne modifie aucunement les conditions fiscales du mécénat.
→ faire un don